Les 5 lames de fond de l’imagerie : épisode 2 – vers le « tout Cloud » pour libérer hôpitaux, cliniques et radiologues ?

De prime abord cela fait peur. Peur de quoi ? Peur de voir les données exposées à la piraterie moderne voire aux régimes totalitaires.En réalité, les hôpitaux sont déjà connectés et, l’actualité récente nous l’a montré, exposés. J’irai même plus loin : à cause de ou grâce à la réglementation, les solutions Cloud sont souvent plus sécurisées que celles internes aux établissements de soins. En effet, avec l’encadrement de l’hébergement des données de santé (HDS), les prestataires sont soumis à des contraintes, avec des normes auditées, supérieures à celles qu’ont les hôpitaux pour leurs propres données et celles de leurs patients.

Evacuons donc la peur de la sécurité, car elle ne résiste pas à l’analyse : la sécurité est en règle générale meilleure dans le Cloud.

Utiliser le Cloud pour l’imagerie ce n’est pas nouveau. Les éditeurs ont de longue date publié des solutions de stockage en ligne, utilisées par les établissements de santé ou les groupements de radiologues, que cela soit sur leurs propres serveurs, des solutions mutualisées de type GRADES ou de l’hébergement 100% privé. Rappelons en passant l’intérêt pour un constructeur d’avoir un système propriétaire matériel-console-RIS (système d’information radiologique)-PACS (Picture Archiving and Communication System), avec un écosystème le plus fermé possible : les évolutions futures passent par lui. Stratégiquement, il s’agit de tendre vers un parc de clients « captifs ».

Certes, en théorie, le format DICOM est interopérable. Dans la pratique, chaque constructeur enrichit l’information avec des « tags » en utilisant d’une manière qui lui est propre les « champs libres » du DICOM. Ainsi, le plus souvent, un PACS bien que travaillant au format DICOM, n’est réellement exploitable qu’avec les suites de son fournisseur et encore avec parfois des limites notamment en termes de collaboration entre services, sans parler de la complexité pour migrer vers un autre PACS.

Première évolution d’importance toutefois, ces dernières années ont vu émerger sous l’impulsion de certains groupements d’établissements, car il faut un certain poids commercial pour cela, des solutions de formats d’archive neutres, ou VNA (Vendor Neutral Archive). On a même vu un célèbre opérateur téléphonique proposer un service de stockage et d’archivage neutre en ligne.

Intérêt de l’archive neutre ? Un seul standard. Un stockage VNA est conçu pour permettre de stocker et visualiser les images à partir de plusieurs appareils, fussent-ils de marques différentes, et plusieurs emplacements.

Inconvénient de l’archive neutre : la solution est couteuse si elle vient simplement « s’empiler » à l’écosystème existant.

Et l’on a donc vu émerger des solutions de stockage et archivage Cloud, avec des « PACS neutres ». Les avantages sont nombreux : partage multisites natif, pas de coûts d’infrastructure, très souvent un bien meilleur niveau de sécurité que dans les établissements, indépendance vis-à-vis du constructeur…

Et si l’on regarde un pas plus loin ? Si l’on regarde un pas plus loin, se pose naturellement la question de la console d’interprétation. Quel intérêt d’avoir une console sur site ? Comment, même, demain, justifier d’avoir une console sur site alors que des solutions en ligne permettront de mettre à disposition du radiologue puissance de calcul et outils d’aide à l’interprétation et à l’annotation ? Que ces mêmes solutions permettront d’organiser de la télé interprétation sans limite géographique autre que réglementaire ?

La solution de demain, celle qui s’acquiert aujourd’hui, implique un matériel qui pousse les images directement dans le Cloud, où se trouvent l’ensemble des outils numériques du radiologue.

Et la solution d’après demain ? Sans doute les images et les données du patient stockées dans un Data Lake, accessibles au radiologue et à ses outils, car le radiologue travaille mieux s’il connaît les antécédents du patient, ses comorbidités, ses résultats de biologie… L’IA, celle mise à disposition demain non seulement des radiologues mais de ses confrères praticiens et de la recherche, en tout cas, c’est certain.

Qu’est-ce que cela veut dire sur la façon d’acheter des équipements d’imagerie ? Cela signifie que cela ne fait plus sens de regarder « machine », console, PACS et RIS comme un tout. Ce vers quoi nous devrions aller pour rendre liberté de choix des outils et d’organisation aux radiologues et établissement de santé ? L’achat de machines seules avec le reste dans le Cloud, pensé à la fois pour permettre aux radiologues d’utiliser les outils de leur choix et préparant le rapprochement des images avec le reste du dossier pour les outils de l’ensemble des praticiens.

Sommes-nous en train d’assister à une « libération » des établissements de santé et radiologues ? Si l’on ajoute à cela le frémissement de la recherche de solutions de paiement à l’usage, sans doute ma foi.

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